Un atelier d’écriture en Seconde avec Éduthèque

La vidéo de l’expérience

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J’ai conduit toute l’année un atelier d’écriture créative en Accompagnement Personnalisé, niveau seconde. J’ai eu l’occasion de proposer aux élèves diverses contraintes d’écriture afin qu’ils puissent se confronter à la démarche de création. J’ai souvent été amenée à utiliser l’image comme support, cela permettait de lancer les élèves d’une manière moins contraignante qu’un extrait de texte.

Difficulté

Comme n’importe qui, je suis allé chercher mes images sur un moteur de recherche, et je les leur ai projetées au tableau. La démarche est simple, mais elle est aussi périlleuse, car nous ne respectons pas le droit lorsque nous faisons cela. Or l’éducation aux médias fait partie de nos missions maintenant. Aider les élèves à comprendre qu’internet n’est pas une zone de non droit, qu’il existe un savoir-vivre, voire une déontologie du web, est une nécessité. Ils seront des citoyens connectés, ils doivent avoir conscience des bonnes pratiques de ce nouveau monde.

Dans ces conditions, comment leur expliquer qu’il faut respecter la création des artistes, mais que nous, bon voilà, dans le cadre scolaire, on n’a pas vraiment le temps de se préoccuper de la question… Que leur fait-on comprendre dans ce cas ? Qu’il existe des règles, mais qu’individuellement, on peut bien s’en passer. Tant qu’on ne se fait pas prendre…

En plus, l’idée saugrenue de publier leurs magnifiques textes sur le site du lycée m’a traversé la tête. Après quelques temps, j’ai fini par le faire. Et pour dire vrai, lors des premières publications en ligne, je n’ai pas trop hésité à utiliser des images qui n’étaient pas toutes sous licence Creative Commons. Or là, le problème n’était plus seulement moral, il devenait juridique. Les auteurs des images auraient été fondés à demander réparation à l’établissement.

Que faire ?… C’est le supplice de Tantale : tous les documents imaginables sont à porté de clic, mais on ne peut pas y toucher. Très frustrant…

Puis vint Éduthèque

C’est alors que je découvre Éduthèque, un portail créé par le ministère (et plus concrètement par ma copine @drmlj…), qui donne accès aux ressources de différentes institutions. Pour ma part je me concentre sur l’offre Arts et Lettres, et je rentre dans les espaces dédiés du Louvre, du centre Pompidou, de la Cité de la Musique, de la RMN, de la BNF… À la découvertes de ressources que je pourrais utiliser pour mon atelier d’écriture.

Et pourquoi n’irait-on pas directement sur l’espace pédagogique des sites en question, pourrait-on se dire ? Et bien JUSTEMENT ! Parce qu’en passant par ce portail, on accède à des ressources dont les droits ont été négociés pour une utilisation pédagogique. Ce qui signifie que je peux utiliser les images que j’y trouverai en classe, voire les faire figurer sur le site du lycée en regard des textes de mes élèves, et ce, en toute tranquillité d’esprit. J’ajoute que j’ai été convaincue par la qualité photo des ressources, en très grande résolution, ce que l’on ne retrouve que de façon bien plus aléatoire sur un moteur de recherche…

Chacun son image, chacun son Ipad

Comment organiser concrètement l’atelier ? Je profite d’un prêt d’IPads par Créatice (service de prêt de matériel par l’académie de Versailles). Je décide de travailler sur le thème du manuscrit et de l’enluminure, sur rapport entre texte et image sur la page. Je demande aux élèves de se mettre dans la peau de l’enlumineur, du moine copiste, et d’écrire un monologue intérieur correspondant au moment où l’artiste compose sa page. Ils ne doivent pas être dans la simple description de l’image, pas dans son analyse, mais bien essayer d’imaginer les affres de la création au moment où elle s’opère. À cette fin il est important qu’ils choisissent eux-mêmes l’image sur laquelle ils vont s’exprimer, ils ne doivent pas être contraints de tous traiter le même document ; l’élection est une première appropriation.

C’est là que la tablette leur est utile. J’ai envoyé sur un espace collaboratif un certain nombre d’images que j’ai choisies, et ils peuvent les faire défiler, zoomer sur certains détails, rencontrer individuellement chacune des œuvres.

Échanges entre artistes

Enfin nous lisons les textes des uns et des autres. C’est un moment d’écoute réel, les élèves sont attentifs aux lectures de leurs camarades. Après chaque lecture, on échange sur l’écriture de l’auteur en herbe, on spécule sur ses intentions, et on essaye d’étayer nos hypothèses par des observations stylistiques. C’est simplement la démarche habituelle lorsque l’on analyse un texte en cours de français… Sauf que là, les élèves sont intensément mobilisés, en tant qu’auteurs, quand ils ont livré quelque chose d’intime et se découvrent impatients et fébriles de ce que l’on en dira, ou bien en tant que commentateurs, alors qu’ils tentent de déchiffrer avec le plus de justesse possible l’expérience d’écriture du camarade-auteur.

Leurs textes sont vraiment très beaux, je suis sincèrement impressionnée par le talent de certains, leur aptitude à opérer des rapprochements que je n’aurais pas imaginés. Mais au-delà de cette expérience créative qui leur donnera certainement confiance en eux, en leur capacité à écrire d’autres choses, mon espoir est qu’ils se persuadent de l’intérêt qu’il y a à analyser un texte en cours de français, qu’ils éprouvent véritablement le désir de comprendre ce qui fait qu’un auteur est grand, ce qui fait que son style nous touche.

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L’atelier reportage “Une saison au théâtre”, Sarcelles

Les élèves du lycée Jean-Jacques Rousseau, à Sarcelles, se sont engagés dans un projet de longue haleine et passionnant: ils deviennent pour une année journalistes, et rendent compte de la saison théâtrale du Théâtre Gérard Philipe, de Saint-Denis.

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Un projet à deux vitesses:

Les trois classes de Première ES du lycée participent à ce parcours annuel, en allant voir trois pièces. Ils ont déjà assisté à une représentation remarquable, Les Serments indiscrets, mis en scène par Christophe Rauck.

Sur chacune de ces trois classes, cinq élèves ont été recrutés, en tant qu’ambassadeurs privilégiés. Ils forment un groupe de quinze élèves qui se retrouvent tous les mardis, deux heures, sous la supervisions de Joëlle Gayot, journaliste France Culture (Changement de décor, La Disupte). Ces quinze jeunes journalistes rédigent des critiques, mais aussi des compte-rendus sur les nombreux intervenants qui viennent leur expliquer leur métier, leur vision du théâtre.

Tous les aspects du théâtre:

L’idée est d’offrir aux élèves une vision large de ce que peut être le monde du théâtre. Jusqu’à présent, ils ont rencontré Christophe Rauck, metteur en scène des Serments indiscrets, mais aussi directeur du TGP. Ils ont eu la chance d’assister à une répétition de la pièce, moment intime de travail entre les comédiens, les techniciens et le metteur en scène, qui leur a permis de prendre conscience de l’importance du travail en amont, souterrain en quelque sorte. D’autres personnes sont venues leur rendre visite, comme Pierre-François Garel, un des acteurs des Serments, Leslie Six, dramaturge sur le spectacle, ou encore les deux responsables de la communication du théâtre (interne et externe), qui ont abordé des questions concrètes, comme la mise en place des stratégies d’information en direction du public. En tant qu’élèves de Première ES, ils ont été sensibles à cette découverte du fonctionnement économique du monde de la culture!

D’autres surprise, d’autres découvertes les attendent….

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Où on en est:

Pour le moment, je suis très euphorique sur la tournure que prend ce projet. Premièrement, il implique de très nombreux partenaires et tout le monde est très impliqué. La DRAC (Ministère de la Culture) finance la résidence d’artistes, c’est à elle que l’on doit le budget qui permet de financer toutes ces rencontres. La DAAC participe aussi, et supervise la mise en oeuvre pédagogique. L’établissement s’implique aussi, puisque le conseil d’administration a décidé de prendre en charge le prix des représentations, ce qui revient à la gratuité pour les élèves. Le TGP s’occupe de planifier toutes les interventions des professionnels du théâtre. Quant à mes deux collègues, A. et A., les profs de lettres qui ont en charges deux des classes, elles sont pleines d’initiatives pédagogiques, et permettent à leurs élèves de réinvestir leurs découvertes dans leurs TPE ou en cours de SES.

Deuxièmement, je suis particulièrement contente de ce fonctionnement à deux vitesses, qui a permis  de vaincre les inévitables résistances de la part des élèves récalcitrants. En effet, tous les profs qui se sont lancés dans des projets de cet ordre ont été confrontés à certains élèves qui trainent la patte, sont passifs, et ne saisissent pas immédiatement la chance que peut constituer la rencontre avec des artistes, des professionnels issus d’un monde qui ne leur est pas familier. Ici, les “ambassadeurs” ont été choisis suite à un entretien. Ce n’est pas leur niveau scolaire, ou leur connaissance du théâtre, qui leur a permis d’être recrutés, bien sûr… C’est plutôt leur curiosité, leur dynamisme, ou encore leurs talents parascolaires (dessin, photo, écriture personnelle…) Du coup, ils sont extrêmement enthousiastes et mobilisés, conscients que les autres n’ont pas la même chance qu’eux. Et quand ils reviennent vers leurs camarades (qui suivent de leur côté le parcours classique des trois spectacles), ils leur communiquent leurs découvertes, leur envie d’en voir plus.

Bref, c’est chouette!

Un petit lien pour voir leurs productions: http://blog.crdp-versailles.fr/atelierreportage/index.php/