Pecha Kucha et bande annonce

Lors du PNF le 20 novembre 2012, j’ai pu assister à une performance d’écrivains numériques, des écrivains qui tentent de réinventer leur écriture grâce aux potentialités qu’offre le monde numérique aujourd’hui. Emmenés par celui qui refuse d’être considéré comme le chef de file de ce nouveau mouvement mais qui l’est quand même, François Bon, une douzaine d’auteur se sont livrés à l’exercice du Pecha Kucha. Je signale juste que l’on peut trouver le texte de l’intervention de François Bon, Paradoxes de la mutation numérique du livre, sur son site.

Le Pecha Kucha, donc… Un nom à coucher dehors pour un exercice aux contraintes simples et stimulantes : il s’agit de présenter 20 diapositives, pendant une durée de 20 secondes chacune, et de lire son texte pendant que défile le diaporama. La performance fait 6 minutes 40 pile. Le lien du texte avec les images est variable, poétique souvent, parfois surprenant, voire drôle… Jamais purement illustratif cependant.

Juliette Mezenc a proposé sa biographie d’écrivain web, exposant son cheminement d’auteur qui délaisse les circuits éditoriaux traditionnels pour faire entendre sa voix sur le web. Voici son Pecha Kucha :

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Ecrire web : ou comment s’invente la littérature… par juliettemezenc`

Bien sûr, en assistant à ça, la prof que je suis s’est dit qu’il y avait certainement là matière à faire écrire ses élèves d’une nouvelle façon. Je n’ai pas encore proposé l’exercice tel quel à mes élèves, mais l’idée de ce diaporama réflexif sur l’écriture m’a beaucoup plu. J’ai donc proposé à mes élèves quelque chose d’un peu différent : faire la bande-annonce d’un livre, comme au cinéma. En effet, la bande-annonce est une forme qu’ils connaissent bien : donner les éléments principaux de l’intrigue, caractériser rapidement les personnages principaux, créer un rythme efficace, évoquer l’atmosphère de l’oeuvre grâce à un choix d’images et de musique pertinent, donner envie d’en savoir plus… Il n’y a pas eu besoin de beaucoup développer les consignes, ils ont tout de suite compris les attentes ! Le résultat est plutôt chouette…

Quelles conclusions tirer de cette expérience?

  • ça a relancé la lecture. Quand j’ai donné la bibliographie aux élèves et qu’ils ont eu choisi leur livre, la lecture n’a pas vraiment démarré, ou très mollement. Une fois que je leur ai expliqué en quoi consisterait la restitution, ils ont eu à cœur d’éblouir leurs camarades par des productions percutantes, ce qui impliquait bien évidemment une lecture du livre préalable…
  • ça a suscité cohésion et enthousiasme. La séance de projection a été un vrai moment de plaisir partagé. Les récalcitrants se sont sentis tout penauds de n’avoir rien à proposer, et, sans que je le leur demande, ont fait leur bande-annonce pour la séance suivante en demandant à ce qu’elle soit aussi projetée devant leurs camarades.
  • Il n’y a pas eu de note. L’évaluation a été faite par les élèves eux-mêmes, sur la clarté avec laquelle l’intrigue était présentée, la pertinence du choix des images et de la musique, l’efficacité du rythme, la gêne provoquée par une syntaxe ou une orthographe approximatives. Après voir visionné les bandes-annonces les plus réussies, certains élèves ont éprouvé l’envie de refaire la leur pour l’améliorer.
  • Autre bénéfice : la bibliographie était variée. Suite à la présentation, il y a eu des échanges de livres dans la classe, et des élèves se sont mis à lire les titres défendus par leurs camarades.
  • Dernière précision : ils ont utilisé Windows Movie Maker, et ça n’a posé de difficultés à personne. Ceux qui se sentaient le moins à l’aise ont été aidés par leurs camarades et ont fait des bandes-annonces très bien.

Maintenant il faudra que je trouve un moment pour leur proposer de réaliser un véritable Pecha Kucha, libre et créatif. Mais nous autres enseignants avons toujours du mal à lâcher la bride et laisser nos élèves s’exprimer dans des formes non scolaires. Ce qui est un grand tort…