Atelier d’écriture – Boscoréale et Braque

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Extraction du métal souterrain, gisement convoité que l’on a mis au jour à grand peine, que l’on a fondu, transformé en vaisselle ouvragée ;

L’argenterie retourne sous terre, ensevelie à nouveau sous les cendres du Vésuve après la catastrophe ;

Trésor du patricien, qui ne lui acheta pas la survie, qu’il aurait fondu en cas de besoin ;

C’est lui dont la chair s’est décomposée ; les coupes et les cuillères ont demeuré ;

Noire destinée des objets, qu’une noire colombe salue avec ironie ;

Petits squelettes dansants au bord des coupes, pleins de rien sous le volume évidé de leurs os ;

Vide des objets devenus inutiles qu’emporte le bleu sous-marin du ciel ;

Tandis que colliers et bracelets n’ornent nul bras, nul buste ;

Vitrine sans vie ;

Danse macabre des petits squelettes espiègles évidés du volume de leur chair ;

Petits memento mori qui disent « bois ! », qui disent « vis encore ! » ;

Squelettes en excroissance, mignonnement monstrueux, qui narguent là-haut des angelots sacrifiés, cupidons fessus ensevelis sous du noir matiéré ;

Et les visiteurs qui passent rapidement, aimantés par une Joconde qu’ils photographieront sans tenter de converser avec elle.

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Atelier d’écriture – Saint Ranieri

Sassetta_-_The_blessed_Ranieri_frees_the_poors_from_a_jail_Florence_-_LouvreSaint Ranieri libère les pauvres de Florence, Sasseta, 1437-1444. Musée du Louvre.

Matière brute du ciel sanglant, bois et or. Le silence d’un tabou que chacun a décoré de ses fantasmes, et qui se dépouille d’un coup, obscène.
Résurgence, régurgitation, accouchement d’un vieux bébé. Les fariboles se font silencieuses, la farandole se désintègre, évidence aveuglante du vide, la parabole a perdu sa moralité.
Le geste auguste ne fait pas renaître, il officialise. C’était beaucoup de souffrance ce noir silence. Un long repli. La porte n’est même pas fermée alors il est encore plus héroïque de s’évader.
Vieux tabou gris transgressé, évasion des fantasmes longtemps tus, les bonnes gens se détournent, se réfugient.Un cri jaillit de a roche, c’est une affirmation.
Écoulement, évasion non dissimulée. Les espaces fermés se trouent donc? Tandis que e monde virevolte. C’est un miracle! C’est un scandale…
Non, c’est un passage. Non, c’est une revendication. C’est une affirmation.

Atelier conduit par Cécile Portier

 

Atelier d’écriture – Le Peseur d’or et sa femme

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            Quentin Metsys, Le Peseur d’or et sa femme, 1514. Musée du Louvre

***

De riches objets abandonnés aux vieux papiers
Un grimoire fermé depuis longtemps
Une décoration sans nom pend à un clou
Un porte-feuille écorné qui craque
Une orange mûre, déjà brunissante, bientôt asséchée
Carafe de verre vide où se meurt discrètement le jour, anamorphosé.

Une balance répudiée se morfond
Une bougie éteinte à moitié consumée ne lui répond pas
Un calice de cristal coiffé d’orfèvrerie, aussi vide que la carafe.

Derrière la porte, c’est le murmure des ragots.

Un homme

Une femme

Un homme, manteau bleu usé tirant sur l’indéfinissable
Manchettes en vison pelé découturé, défroque fatiguée
Cadeau d’une femme que l’on ne regarde plus, que l’on ne voit plus.

On regarde l’or et les perles, on soupèse, on comptabilise
Coude assuré sur la table
Concentration machinale.

Une pièce d’or grisée ici.
Petits pesons là.
Le tas des écus attend son tour
Patience des objets.

Une femme, coiffe mal épinglée,
Eteignoir d’un visage alourdi de routine.
On ne cherche plus à se plaire.
Rêverie détournée de la parole sacrée, que l’on ne lisait pas de toute manière.

On regarde la richessse.
Pour ce qu’elle est.
Sans espérance d’en plus rien faire un jour.

Et un miroir, détourné des époux érodés.
Echappée de lumière sur l’église
Image convexe, ventrue, grosse du salut à venir pour ceux qui veulent bien voir.

Mais l’or a absorbé leur substance
Ils ne veulent plus voir
Is ne veulent plus regarder.
Ils se sont desséchés.

Atelier conduit par Pierre Ménard

Atelier d’écriture – Fond bleu piscine

Jeune Orpheline au Cimetière, Delacroix, 1824. Musée du Louvre.


Fond bleu piscine, carré blanc en écho au cadre doré

Identité limite : c’est une simple orpheline.
Suspendue à ses cimaises, surcadrée par la barrière,
Mal entourée de souffrants, naufragés, mourants.

Mais son regard de fugitive, même pas détourné.
C’est autre chose. Elle est plus que là. Elle voudrait être ailleurs.
Des croix dans le sol, mal faites, mal peintes,
Cyprès floutés à l’eau qui se diluent dans le ciel.
Un paysage qui se décompose à grands traits mous
Dans un blanc sale, désespérant.

Les yeux sans pupille, presque vers l’intérieur
Et la sclérotique immaculée ; exorbités de maladie, car de larmes on ne voit pas,
Et pourtant tournés vers le haut. Elle veut s’arracher au décor.
Elle a couru. Vêtement démis, pommettes rougies, bouche entrouverte.
C’est un regard de révolte, de défi, de colère et de vie,
Et ensemble de déréliction.

Les craquelures de la toile dessinent des marbrures prématurées sur ses tempes,
Coïncident bizarrement avec les veines bleutées que l’on voit parfois affleurer à la peau des blondes.
Petite paysanne aux tendons saillants dans le halètement de sa course. Petite piéta anonyme.

Atelier conduit par Pierre Ménard

Atelier d’écriture – Quelque chose à ne pas oublier de moi

ImageQuelque chose à ne pas oublier de moi, c’est le grand moment du départ. C’est le départ et la main dans la main, le lendemain qu’on ne peut croire qu’enchanteur. C’est l’union de deux volontés dans une seule certitude.

Quelque chose à ne pas oublier de moi, c’est l’euphorie d’une vie ne marche, un sourire non sourire mais détermination, et le bras balançant, métronome serein qui rythmera les conquêtes à venir.

Quelque chose à ne pas oublier de moi, c’est l’éternité de ma percée, sillage refermé depuis longtemps, mais dont on perçoit encore l’écho quand on tend l’oreille, en vaguelettes ténues.

Quelque chose à ne pas oublier de moi. Route qui s’ouvre, pas martial, marital, regard fixe embrassant l’avenir éphémère, sourire non sourire mais confiance inaltérable.

Quelque chose à ne pas oublier de moi, c’est l’absolu de mon espérance malgré l’impuissance de la matière, triviale, qui s’exténue sous le vent des siècles, écharde par écharde…

Atelier conduit par Anne Savelli

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