Littérature numérique

J’ai visité mercredi dernier l’exposition Les littératures numériques d’hier à demaindans le petit espace Labo.Bnf (du 24 septembre au 1er décembre 2013). L’occasion de faire un point sur un genre, une forme en devenir.

4 types de littérature numérique semblent pouvoir être distingués:

  • la génération de texte, fonctionnant sur le modèle de Cent mille Milliards de Poèmes, de Queneau. Jean-Pierre Balpe , un des précurseurs, en explique le fonctionnement, de la conception au codage. Dix prolégomènes à une  littérature générative On peut trouver des exemples de poèmes générés grâce à un programme sur son blog.
  • les animations textuelles, comme La Petite Brosse à dépoussiérer la fiction, de Philippe Bootz, où l’on doit sans cesse déplacer a souris sur ‘écran pour découvrir le texte, qui se recouvre peu de temps après, donnant une forme de poésie visuelle numérique.
  • les hypertextes de fiction, reposant sur la fragmentation, la multiplication des points de vues, Conduit d’aération. L’idée reste de pouvoir suivre un fil narratif. Les éléments de la fiction sont tissés dans une perspective logico-temporelle, mais les points de vue sur la fiction sont multipliés. Les hyperliens permettent des sauts temporels à la façon des fictions traditionnelles. D’autres hyperliens permettent de suivre un personnage, ou de multiplier les points de vue, explorer les aspirations personnelles du personnage. Les médias additionnels sont philtrés et flous, mêlant documents d’archive et productions originales.
  • les oeuvres fusionnelles, mélangeant les médias, et là j’ai envie de citer Anne Frank au pays du manga, une BD interactive produite par Arte et créée par Alain Lewkowicz. Mêlant dessins, photographies, sons et vidéos, l’oeuvre retrace le parcours de ses auteurs au Japon, où le journal de la petite fille d’Amsterdam est un bestseller depuis longtemps, au point que l’histoire a été adaptée en manga. Les auteurs s’interrogent à travers une production mutimédiatique sur la mémoire de la seconde guerre mondiale dans la société nipponne. 

Plusieurs révélations m’ont frappée au cours de cette visite: la première est que la littérature numérique n’est pas une nouveauté, elle existe depuis la naissance des ordinateurs, soit dès la fin des années cinquante. Elle déplace la notion d’auteur, qui est dans ce cas également un programmeur. L’auteur n’est souvent plus unique, tant ces oeuvres complexes nécessitent la collaboration de divers talents. Enfin ces oeuvres s’inscrivent dans une continuité (Mallarmé, Apollinaire et Queneau notamment) et questionnent la notion de texte. Au point de redéfinir peut-être l’idée de littérature, qui ne serait plus uniquement textuelle, mais visuelle, sonore, interactive et multimédiatique.

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