Mettre en place un atelier d’écriture en classe/ Formation ESPE

Contexte

J’aurai bientôt l’occasion d’animer un atelier concernant l’Histoire des Arts à l’ESPE. Je me posais la question des contenus de cet atelier, tant est large la notion d’Histoire DES Arts. Autre difficulté: le programme, bien que passionnant, ne préconise pas de discipline spécifique pour cet enseignement (à l’exception de l’option HDA au lycée). Toutes les disciplines sont donc potentiellement dépositaires de la responsabilité de cet enseignement.

La question se pose donc de savoir ce que l’on peut en faire en lettres…

Après une première intervention assez générale où je présentais cet enseignement, je décide donc de faire porter la deuxième sur la pratique de l’écriture créative en classe. L’idée m’en est venue de l’émission de Louise Tourret, Rue des Écoles, qui décidait le 26 mars dernier d’y consacrer son numéro hebdomadaire, sous l’intitulé “Apprendre à écrire avec des écrivains dans les ateliers d’écritures à l’école… et ailleurs!”

Cette émission a été pour moi l’occasion de me remémorer tout ce que j’avais pu expérimenter dans ce sens avec mes élèves: ateliers d’écritures avec des critiques littéraires, des journalistes de théâtre, des auteurs, avec ou sans Ipads, et puis ateliers réguliers en classe, en m’inspirant des propositions géniales et généreusement partagées d’un François Bon ou d’un Pierre Ménard. Je me suis souvenue des fulgurances des élèves, de leurs évocations percutantes et poétiques, de leur relation tellement libre et spontanée à la langue, de mon ébahissement et de mon admiration pour eux dans ces moments privilégiés… J’avais consacré un petit article à la question ici-même il y a longtemps…

Déroulement de l’atelier

Alors voilà venu le temps de la transmission, puisque je suis désormais totalement convaincue des bienfaits de ces ateliers d’écriture en milieu scolaire. La semaine prochaine, je proposerai la trame suivante aux stagiaires de lettres, et je me propose de reprendre l’article après l’intervention, de façon à le nourrir des réactions authentiques qui auront été les leurs à ce moment-là.

Temps 1 Écoute de l’émission Rue des écoles, des minutes 9:20 à 21:45, en particulier l’intervention de l’auteure Hélène Frappat, ainsi que le questionnement de l’enseignant sur l’orthographe, et la question inévitable des notes.

Temps 2 Distribution du texte support: l’extrait d’À Rebours d’Huysmans (1884) chapitre 5, où le personnage principal Des Esseintes décrit le tableau de Gustave Moreau Salomé dansant devant Hérode (1876)

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Temps 3 Après un bref commentaire du texte ainsi que du tableau, les stagiaires seront invités à se rendre sur le site du musée Gustave Moreau, à partie « Chef d’oeuvres »

Ici, ils devront choisir un tableau et écrire un texte. Je donne une consigne volontairement très très floue. (Note pour moi-même: résister à la tentation de l’expliciter…)

Temps 4 Ce moment sera consacré à la lecture des textes produits par les stagiaires et à des échanges. Ce moment-là m’intéresse particulièrement, car je pressens des refus de lecture et des difficultés de positionnement dans l’acte de commenter des textes de pairs.

Temps 5 Moment métaréflexif: les stagiaires seront invités à revenir sur le déroulement de l’activité, de façon à en verbaliser les difficultés, les apports, ainsi que les projections dans le travail avec leurs élèves.

Temps 6 Présentation de travaux d’élèves.Ayant en effet déjà eu l’occasion de proposer cette activité en classe à des élèves de premières, je leur présenterai un des rendus possibles.

 

 

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De la lecture à l’écriture numérique

Article publié sur La Page des Lettres, interview sur Le Café Pédagogique.

Les étapes précédentes du projet ici et ici.

Constat de départ :

Les pratiques de lecture et d’écriture évoluent avec le numérique. Il est intéressant de se demander dans quelle mesure cet outil favorise l’appropriation des savoirs par les élèves, mais également en quoi il est un objet d’étude en soi. C’est pourquoi nous avons décidé de faire lire une œuvre numérique à nos élèves, et de leur en faire créer une à leur tour, en utilisant la tablette comme outil de lecture et d’écriture.

Le projet a été conduit au sein de deux classes de Seconde, comme perspective à l’étude du roman et de la nouvelle au XIX° siècle. Les Instructions Officielles préconisent en effet d’offrir aux élèves une ouverture sur l’évolution du genre romanesque, ce que l’oeuvre contemporaine abordée au cours de ce projet permet. On notera que la plupart des élèves étaient peu enclins à la lecture habituellement. C’est pourquoi les enseignantes ont décidé de mener cette expérience, en pariant sur l’attractivité de la lecture sur tablettes. Les enseignantes se sont appuyées sur l’opération #100bibs50epubs lancée par François Bon, qui a ouvert une partie du fonds de sa maison d’édition Publie.net à des institutions publiques (bibliothèques, établissements scolaires…), afin de promouvoir la littérature numérique et de populariser la lecture sur tablettes.

Objectifs

1 Découvrir la littérature numérique : de l’histoire du livre à l’œuvre de Juliette Mézenc, Sujets sensibles

Le premier temps a consisté à réfléchir à l’évolution du livre, du papier au numérique, grâce à l’exposition numérique de la BNF l’aventure du livre. Afin qu’ils s’approprient cette histoire du livre, on a demandé aux élèves d’explorer le site et de créer un questionnaire à destination de leurs camarades ; ils ont alors pu s’interroger mutuellement sur leurs découvertes. Le second temps s’est construit autour de l’œuvre de Juliette Mézenc :  Sujets sensibles. Les élèves ont été invités à lire le livre numérique sur tablettes, en classe et à la maison. Dans ce texte, l’auteur s’inspire de son expérience d’enseignante dans un lycée dit « sensible », et recueille par bribes le témoignage de 10 élèves, qu’elle émaille de réflexions personnelles, insérées en italiques, sans autre signalement du changement de système d’énonciation. Elle enrichit son œuvre d’hyperliens ou de copier-coller d’articles faisant écho au témoignage qu’elle retranscrit. Le contrepoint de voix, ainsi que l’enrichissement hypertextuel rendent le texte polyphonique, ce qui constitue l’originalité mais aussi la complexité de l’oeuvre Sujets sensibles

2 Rencontrer un auteur : l’écrivain est dans la classe

Les élèves ont rencontré deux fois l’auteur grâce à un partenariat mis en place avec la Maison des écrivains. Cela a été un moment fort et fédérateur. Il a consisté en une discussion libre au cours de laquelle le système d’énonciation particulier de l’œuvre de Juliette Mézenc a été éclairé : l’auteur a expliqué comment la retranscription des témoignages de ses élèves lui avait inspiré des réflexions personnelles, qu’elle avait choisi d’insérer en italiques.

On a demandé aux élèves de ne prendre en note que ce qu’ils souhaitaient retenir de la rencontre avec l’écrivain. Ils ont ensuite été invités à construire un compte-rendu collectif sur Etherpad (logiciel d’écriture collaborative) mettant ainsi en commun les différents aspects de la rencontre. Ils ont ainsi pu compléter leur prise de note partielle au départ grâce à ce travail collectif.

3 Créer une œuvre numérique :

La tâche finale demandée aux élèves était de réaliser un livre numérique. En réutilisant la technique de travail de Juliette Mézenc, les élèves ont écrit des textes qu’ils ont ensuite mis en forme sous l’application iBooks author, ou Calameo, ce qui les a amenés à s’interroger sur la valeur ajoutée que le numérique apportait à leur texte.

  • La consigne d’écriture : A l’issue de la première rencontre, Juliette leur a demandé de collecter le témoignage d’une personne de leur choix, tout en gardant son anonymat, avec pour consigne de ne pas prendre en note toute l’interview mais de ne retenir que les phrases ou les expressions qui faisaient écho en eux, qui résonnaient.
  • L’atelier d’écriture : A l’intérieur des témoignages ainsi collectés, les élèves ont été incités à faire intervenir leurs propres réflexions, pensées ou évocations – en italiques donc, pour reproduire le système d’énonciation de Juliette Mézenc.
  • La finalisation numérique : Dans un dernier temps, les élèves ont complété leurs textes avec des images, des hyperliens, des insertions audio et vidéo pour ajouter une dimension véritablement numérique et multimédia aux textes. Cela a été l’occasion de s’interroger sur le statut de ces insertions : étaient-elles illustratives, informatives, complémentaires, d’une autre nature encore ?

Les productions des élèves

Livre des Secondes 4 :

Livre des Secondes 9 : Version PDF :

PDF - 9.5 Mo

Version Ebook pour tablette : https://www.dropbox.com/s/eokbj2iyvi995g2/SujetsSensibles2nde9.ibooks

Bilan et perspectives

  • De la tablette d’argile à la tablette numérique : Les élèves ont pu découvrir l’histoire du livre : grâce à l’exposition numérique de la BNF, les élèves ont pu prendre conscience de l’évolution des supports du livre (Tablettes d’argile, papyrus, parchemin, papier, imprimerie…) jusqu’à la tablette numérique.
  • Séduction de l’outil : ruptures et continuité   Ils ont également découvert la littérature numérique. Les élèves ont été tout d’abord séduits par le support de lecture et l’aspect multimédia du texte. L’activité numérique leur a paru en opposition avec les lectures scolaires traditionnelles sur papier. Malgré l’apparente rupture provoquée par le support, les enseignantes ont eut à cœur de montrer aux élèves que le fond du propos de Juliette Mézenc s’inscrivait dans un héritage littéraire, tout en utilisant les potentialités numériques pour enrichir le texte de nouvelles dimensions. Ce projet leur a en outre permis de comprendre une situation d’énonciation complexe par la pratique : en se confrontant eux-mêmes à la co-présence de deux énonciateurs distincts dans le texte, ils ont acquis une plus grande acuité en tant que lecteurs.
  • Nouveaux supports, nouveaux lecteurs ? Les élèves ont adhéré à la lecture sur tablettes immédiatement. Après les avoir interrogés sur les raisons de cet engouement, ils ont déclaré que le geste de lecture leur paraissait pus proche de leurs usages quotidiens (smartphone, tablette, ordinateur…)
  • « Ces jeunes gens qui attendent toujours de l’écrivain qu’il dise enfin ce qu’il dérobe » (Lettre à Antonio Lobo Antunes, de J.C Pirotte) La rencontre avec l’auteur a été particulièrement motivante pour des élèves peu enclins à la lecture habituellement. Ils ont été très désireux de tirer le meilleur parti possible de cette rencontre et de se montrer à la hauteur des attentes de Juliette Mézenc.
  • Technologie et liberté : La tablette s’est avérée être un outil très complet, permettant à la fois la lecture, l’écriture et le stockage des données via un cloud, de sorte que l’on peut les retrouver ultérieurement depuis n’importe quelle interface. Les enseignantes souhaitent donner suite à cette expérience dans le cadre de leur enseignement en classe.

Outils numériques utilisés

  • iPads, tablettes numériques
  • Logiciels de traitement de texte pour tablettes
  • Utilisation de l’espace de stockage OwnCloud de l’Académie de Versailles
  • Fonction dictaphone/ appareil photo de smartphones
  • Ibooks Author et Calameopour réaliser l’ebook.
  • Etherpad (Académie de Versailles) pour l’écriture collaborative.

Feuille de route

  • Avril 2013 : déclaration de participation à l’opération #100bibs50epubs initiée par François Bon, avec sa maison d’édition Publie.netet le CNL, qui met à disposition un certain nombre d’ouvrages de sa maison d’édition.
  • Juin 2013 : demande d’un prêt de tablettes auprès de CREATICE pour le printemps 2014
  • Juin 2013 : demande d’une classe PEAC auprès de la DAAC Versailles, afin de financer la venue de l’écrivain
  • Décembre : achat d’autres tablettes par le lycée Jean-Jacques Rousseau
  • Janvier-février 2014 : mise en place de la collaboration avec Juliette Mézenc, grâce à la Maison des Écrivains.
  • Mars 2014 : interventions de l’auteur en classe.
  • Avril-juin 2014 : finalisation des livres numériques et mise en ligne sur le site du lycée Jean-Jacques ROUSSEAU (Sarcelles).

Rencontre avec Juliette Mézenc

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J’ai eu l’occasion de rencontrer Juiette Mézenc la semaine dernière à la BNF, lors d’une formation académique intitulée “Genèse et devenir du texte à l’heure du numérique” (et je remercie par la même occasion l’Académie de Versailles et la BNF qui aident activement les enseignants à trouver des repères dans ce nouveau monde virtuel); elle a parlé de ce que représente pour elle la littérature numérique, ainsi que sa conception du travail de l’écrivain, les changements et les permanences dans l’acte d’écrire aujourd’hui.

Préambule

Juliette Mézenc a commencé son intervention en affirmant que tous les écrivains sont “numériques” d’une façon ou d’une autre, ne serait-ce que par les recherches qu’ils effectuent nécessairement sur le web. Elle récuse la dénomination “écrivain numérique” au profit d'”écrivain”, tout simplement. Après tout, on ne parle pas d'”écrivain papier”… L’opposition entre la littérature numérique et la littérature papier lui semble relever de fausses polémiques. Une des réticences possible à la lecture numérique serait que l’on travaille essentiellement sur l’ordinateur, quel que soit son métier, et qu’au moment des loisirs, on peut avoir envie d’en sortir, de revenir au papier.

Pour Juliette, il ne faut pas confondre les oeuvres numérisées et la littérature numérique, qui, elle, propose des oeuvres spécifiquement numériques. Celles-ci se situent dans la continuité du papier, mais posent en plus des questions spécifiques, ou nouvelles, sur la notion d’oeuvre, d’auteur.

Parcours personnel

Juliette Mézenc a retracé les étapes qui l’avaient conduite à écrire presque exclusivement en ligne. Après avoir essuyé plusieurs refus auprès d’éditeurs traditionnels qui lui retournaient ses manuscrits, elle a ouvert un blog sur la recommandation d’amis. Peu convaincue au départ, elle s’est rapidement trouvée en contact avec une communauté d’auteurs qui avaient déjà investi le web, parmi lesquels l’incontournable François Bon.

Elle a alors découvert que l’écriture sur blog modifiait beaucoup de choses: en particulier les retours quasi immédiats de lecteurs sur ses écrits, que ce soit sous forme de commentaires ou par le relai des réseaux sociaux. L’écriture diariste qu’implique le blog l’a conduite à privilégier des formes courtes: c’est ainsi qu’elle tient Le Journal du Brise-Lames sur son blog Mots-Maquis, une chroniques de la jetée sétoise, près de laquelle elle vit. Son écriture s’est affirmée sur le blog.

L’écriture en ligne lui semble également favoriser une écriture “entre les genres”, selon son expression. Des formes hybrides émergent, à la limite de la poésie, du roman, de la nouvelle, de l’essai. Ce type d’écrit est peu défendu par les éditeurs traditionnels car une identification générique floue rend la commercialisation en librairie plus compliquée.

Le blog lui permet aussi d’“ouvrir l’atelier” de l’écrivain, de montrer les étapes du texte en devenir. Et cela a l’avantage de désacraliser l’acte d’écrire. Elle met en relation l’écriture numérique avec son activité de conduite d’ateliers d’écriture auprès de non-écrivains, ateliers qu’elle défend par ailleurs par le biais de son association MotsMaquis.

Des projets innovants

Juliette Mézenc a publié plusieurs livres numériques dont un, en particulier, a retenu mon attention: il s’agit de Poreuse, une oeuvre qui utilise vraiment les potentialités du numérique, en déconstruisant le cheminement linéaire traditionnel de la lecture. Le lecteur y est invité à emprunter plusieurs parcours de lecture.

Elle se livre aussi à des performances multimédias, comme cela a été le cas avec Étant Donnée, projet polymorphe, à la fois site, texte et performance, réalisé avec Cécile Portier et Stéphane Gantelet. On en arrive à la conclusion que l’écriture numérique bouscule les genres et les frontières.

Bref

Cette instabilité qui peut paraître inquiétante à l’enseignant en quête de repères à transmettre à ses élèves, semble au contraire formidablement féconde du point de vue créatif.

Alors tant pis, jetons-nous à l’eau, et nous aussi, lisons et écrivons numérique avec nos élèves!

Atelier d’écriture – Boscoréale et Braque

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Extraction du métal souterrain, gisement convoité que l’on a mis au jour à grand peine, que l’on a fondu, transformé en vaisselle ouvragée ;

L’argenterie retourne sous terre, ensevelie à nouveau sous les cendres du Vésuve après la catastrophe ;

Trésor du patricien, qui ne lui acheta pas la survie, qu’il aurait fondu en cas de besoin ;

C’est lui dont la chair s’est décomposée ; les coupes et les cuillères ont demeuré ;

Noire destinée des objets, qu’une noire colombe salue avec ironie ;

Petits squelettes dansants au bord des coupes, pleins de rien sous le volume évidé de leurs os ;

Vide des objets devenus inutiles qu’emporte le bleu sous-marin du ciel ;

Tandis que colliers et bracelets n’ornent nul bras, nul buste ;

Vitrine sans vie ;

Danse macabre des petits squelettes espiègles évidés du volume de leur chair ;

Petits memento mori qui disent « bois ! », qui disent « vis encore ! » ;

Squelettes en excroissance, mignonnement monstrueux, qui narguent là-haut des angelots sacrifiés, cupidons fessus ensevelis sous du noir matiéré ;

Et les visiteurs qui passent rapidement, aimantés par une Joconde qu’ils photographieront sans tenter de converser avec elle.

Pratiquer l’écriture créative en classe

Les ateliers d’écriture se popularisent, de nombreuses personnes de tous horizons y viennent à la rencontre de leur propre style, sans pour autant avoir forcément l’ambition de devenir écrivain. Affiner son écriture, devenir meilleur lecteur, échanger avec les autres participants, rencontrer des auteurs d’hier et d’aujourd’hui autrement… Autant de raisons qui me poussent à me demander si cette pratique n’aurait pas pleinement sa place en milieu scolaire…

L’écriture à l’école

Écriture scolaire VS écriture créative

L’écriture des élèves est principalement sollicitée en classe pour de la prise de note, des écrits scolaires répondant à des exigences formelles académiques, tels que le commentaire littéraire, la dissertation ou l’écrit d’invention. Mise à part l’écriture d’invention, les productions attendues sont essentiellement critiques, analytiques et réflexives. Les élèves ont rarement l’occasion de se couler dans les pas des grands auteurs pour exercer leur style personnel, ils ont rarement l’occasion d’adopter la posture de l’écrivain eux-mêmes. Ceci a pour conséquence une relation extérieure à la littérature, qui demeure un objet d’analyse et de réflexion uniquement : il est rare qu’une place soit faite au ressenti de l’élève, face à des oeuvres dont la dimension esthétique et sensible est souvent évincée au profit d’un ensemble de considérations lexicales, grammaticales ou rhétoriques. C’est l’approche traditionnelle. Mais une autre approche est possible en complément : celle des ateliers d’écriture en classe.

Écriture d’invention VS écriture créative

C’est ce que l’introduction de l’écriture d’invention dans les exercices du baccalauréat écrit avait pour but de faire lors de son instauration en 2001 : promouvoir une approche plus sensible, plus personnelle de la façon dont les élèves peuvent rendre compte de leur expérience de lecteurs. Cependant l’écriture d’invention et l’écriture de création (celle pratiquée au cours des ateliers d’écriture) ne partent pas des mêmes présupposés et donnent l’occasion de productions très différentes. En effet, l’écriture d’invention de type bac est destinée à être évaluée par une note : cela implique donc la définition d’un certain nombre de critères de notation afin de pouvoir sanctionner dans quelle mesure l’élève a réussi ou non l’exercice. Ces critères vont souvent reposer sur l’identification dans le corpus des quatre textes donnés à l’étude du genres (théâtre, roman…), de registres et de procédés stylistiques, que l’élève sera invité à introduire dans son propre texte après les avoir clairement identifiés. Le caractère littéraire d’un texte se trouve donc défini par un certain nombre de procédés considérés comme reproductibles. Or on sait bien que dans l’écriture, la « faute », « l’erreur » peuvent faire sens.

Dans le cadre d’un atelier d’écriture, le professeur peut donc ponctuellement sortir de son rôle de régulateur d’une langue normalisée pour laisser s’installer une expression plus spontanée, débridée et indépendante de tout critère de sanction, qu’elle soit positive ou négative. L’élève est alors invité à exercer sa créativité sous l’influence de grands auteurs, non pas à reproduire des pocédés préalablement analysés. Les notions de plaisir d’écrire et d’appropriation du style sont alors davantages sollicités. Il y a davantage d’investissement de soi dans l’écrit de cette manière. L’élève recherche certains effets sans prendre garde à en identifier ou à en nommer les éléments constitutifs. Comme le dit Véronique Breyer dans un article consacré à la promotion des ateliers d’écriture au sein d’établissements scolaires, « l’atelier est le lieu de l’inattendu, il ne s’agit en aucun cas d’obtenir un résultat précis issu d’un modèle attendu. Corrélatviement, l’attente est du côté du multiple, non pas de l’un modélisant »

Rencontre de son style, rencontre du style…

On peut proposer aux participants de conclure l’exercice de création par un retour critique sur les textes : les élèves sont en fin de compte invités à mettre en regard leur propre production et celle des grands auteurs. La découverte à travers leur propre expérience de similitudes avec les auteurs (dans la démarche, les effets, les procédés), les conduits à prendre conscience par la pratique d’éléments d’écriture qui font la spécificité d’un style. Le caractère pertinent de cette démarche inversée semble légitimé par la disparition de certaines questions d’élèves, du type : « est-ce que vous pensez vraiment que l’auteur a fait exprès d’utiliser une anaphore ici ? » L’existence-même d’un tel questionnement prouve que l’entrée dans le texte par l’analyse uniquement revient peut-être à commencer par ce qui devrait être la conclusion. Ce type de question semble indiquer que les élèves ont confusément l’intuition d’un auteur écrivant avec plus de spontanéité que nous, les professeurs, ne le laissons croire lorsque nous les initions à l’explication de texte, que la maîtrise des procédés n’est pas obligatoirement une condition préalable à l’entrée en écriture. C’est au contraire en pratiquant l’écriture créative en ateliers que les élèves comprennent l’intérêt de développer une écriture consciente des techniques qu’elle met en oeuvre. L’analyse vient renforcer le plaisir du texte, non l’assécher. On sait bien que les élèves vivent souvent le commentaire littéraire comme une grille de lecture artificielle, arbitrairement appliquée aux textes.

Exemple d’activité

Ci-dessous un exemple d’activité conduite avec des élèves de Première au cours de l’année scolaire.

Écrire dans un autre lieu

L’acte d’écrire, dans cette perspective créative, semble bénéficier d’une délocalisation : en effet, l’école est par définition le lieu de l’écrit scolaire. Accompagner les élèves dans un autre lieu pour les faire écrire est un bon moyen de les émanciper ponctuellement de tout critère d’évaluation. Ils se permettent d’écrire plus librement lorsqu’ils savent que leur texte ne sera pas considéré comme « bon » ou « mauvais », « juste » ou « faux » par le professeur.

Le texte de départ

Au cours d’une séquence sur les réécritures, les élèves ont abordé le mythe de Salomé. Un des textes qu’ils ont rencontré est l’extrait d’À Rebours (Huysmans), où le personnage principal, Des Esseintes, décrit le tableau de Gustave Moreau représentant la danse de Salomé devant Hérode. Le texte a été discuté librement en classe, sans que l’on cherche à en faire un commentaire organisé. Les élèves ont été ensuite invités à se rendre au Musée Gustave Moreau, à Paris, où ils ont pu découvrir ce même tableau. On leur a alors demandé de choisir une autre oeuvre de Gustave Moreau représentant un mythe, et d’écrire face au tableau, au sein même du musée. Aucune autre directive n’a été donnée : la consigne d’écriture était volontairement très vague, et à aucun moment il ne leur a été demandé explicitement de reproduire les procédés d’écriture mis en oeuvre par Huysmans dans l’extrait d’À Rebours.

Les productions des élèves

Les textes obtenus ont été publiés ensuite en ligne, en regard d’une reproduction du tableau choisi. Tous les élèves ont joué le jeu, et les textes étaient tous intéressants. Certains écrivains en herbe ont même révélé de vrais talents de plume, même si cela n’était pas l’objet de l’exercice.

Lien pour voir les textes des élèves:
À la façon de Huysmans, sur un tableau de Gustave Moreau

Commenter son propre texte

Une fois les textes publiés, nous sommes revenus en classe et avons alors commenté les productions des élèves. Beaucoup avaient plus ou moins consciemment utilisé des éléments d’écriture empruntés à Huysmans. Mais ce n’était pas leur objectif premier : leur première intention était véritablement de rendre compte de leur expérience du tableau et de proposer un texte personnel. Ils avaient pourtant utilisé pour certains des énumérations très longues tentant d’épuiser les nombreux détails des tableaux de Moreau, pour d’autres du vocabulaire sophistiqué qui leur semblait adapté aux multiples détails de l’image, pour d’autres encore une structure en deux partie (description du tableau puis rêverie libre sur le mythe), à la façon Huysmans, d’autres ont également éprouvé le besoin de terminer leur texte à la maison pour pouvoir rechercher les sources littéraires du mythe qu’ils avait choisi, ce que Huysmans fait également dans À Rebours… La mise au jour de ces éléments d’écriture réutilisés de façon intuitive par les élèves au départ a naturellement conduit à revenir au texte de Huysmans : c’est à ce moment que nous avons formalisé le commentaire littéraire. C’est en passant par les écrits des élèves que nous sommes revenus à celui de l’auteur : cela a permis de bien fixer les éléments d’écriture d’Huysmans, puisque les élèves en ont fait l’expérience dans leurs propres textes.

L’éducation aux médias

Certains élèves, particulièrement fiers de leur création, se sont inquiétés de la mise en ligne de leur texte, de la possibilité de le voir leur échapper. Cela a été l’occasion d’aborder la problématique des droits d’auteurs à l’heure du numérique, et de les informer sur les licences Creative Commons, les moyens de sécuriser leurs publications, mais aussi d’utiliser des images en ligne.

Les questions qui restent

La première limite qui est aparue est le risque d’intrumentaliser la production des élèves, pour en faire de simples prétextes à l’analyse du texte de l’auteur. Certains se sont éloignés du style d’Huysmans, et cela était parfaitement légitime, dans la mesure où il n’y avait pas de contrainte spécifiquement exigée. Tous les textes ont été commentés, et chacun a pu constater le caractère littéraire de son écrit.
La deuxième limite tient au fait que certains élèves ont éprouvé des difficultés à sortir de l’écrit scolaire, et ont produit des commentaires d’images analytiques, comme ils sont habitués à le faire en classe : adopter une posture d’écrivain ne leur a pas été possible cette fois-ci. Leurs textes ont cependant aussi été valorisés puisque certains points intéressants avaient été vus : on a essayé d’imaginer comment ces éléments auraient pu être mis au service d’une écriture plus créative que critique.

Conclusion

Les élèves ont aimé participer à cette expérience. Les textes n’ont pas été notés (comment noter un texte de création?), mais les commentaires qu’ils ont suscités ont permis un véritable questionnement sur l’écriture littéraire et une authentique rencontre avec le texte de l’auteur initialement choisi.

Beaucoup de choses sont possibles en atelier d’écriture, et cette pratique me semble définitivement avoir toute sa place à l’école…

Réécritures de Salomé

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Deux aspects du travail conduit en Première L, au cours de la séquence sur les réécritures.

Un projet d’écriture créative à partir d’À Rebours, d’Huysmans: les élèves écrivent dans le musée Gustave Moreau, à partir d’un tableau de leur choix.

Calaméo: http://www.calameo.com/read/00152301506ff61a91fe2

Recherche iconographique sur le mythe de Salomé en peinture:

Pinterest: http://pinterest.com/arianebach/salome-en-peinture/

Des vertus de l’écriture collaborative

ETHERPAD a bien des vertus, ne serait-ce pour le prof que la possibilité de jubiler le soir en constatant en temps réel que ses élèves travaillent à des choses intelligentes et stimulantes (oui, le prof a généralement cette vanité de croire qu’il fait faire des choses intelligentes et stimulantes à ses élèves, c’est un doux idéaliste…)

Il s’agit d’une page de traitement de texte en ligne, sur laquelle on invite un certain nombre de collaborateurs. Chacun se voit attribuer une couleur, et sa participation au document écrit revêtira donc sa signature, automatiquement… Voilà déjà le cancre près du radiateur qui ne peut plus se dissimuler derrière l’anonymat d’un travail de groupe auquel il n’a fait qu’amener sa somnolente présence… Il est démasqué, c’est toujours ça!
Capture d’écran 2013-02-06 à 21.07.16     (Ici une capture d’écran montrant le descriptif de bac que les élèves réalisent eux-mêmes en cours d’année, sur Etherpad.)

 

A droite, on trouve une partie chat qui permet aux élèves de discuter, se répartir les tâches, commenter le travail des uns et des autres. , un travail de synthèse sur Germinal, qui ma foi, n’a pas été un franc succès. Petit dérapage à noter, je le confesse, la partie chat a surtout servi à s’échanger des liens Youtube vers des vidéos de zouk. Ce fut en effet très instructif, ma culture musicale s’est largement étendue, une furieuse envie de rhum et de boudin m’a prise, mais le but pédagogique a été un peu loupé….

J’en ai un autre qui a mieux fonctionné! J’ai proposer aux élèves d’utiliser Etherpad pour reproduire le descriptif des textes et activités menées dans la perspective de l’oral du bac de français. A partir de ce descriptif, on a récapitulé un certain nombre de questions possibles pour la phase de l’entretien, et les élèves ont construit des réponses collectives. , un peu mieux je dirais…

Autre cas, j’ai voulu l’an dernier faire étudier La Dame aux Camélias aux Premières L, et je dois avouer que l’idée de tout relire m’a quelque peu fatiguée d’avance… Toutes ces larmes, toute cette souffrance exacerbée… Voilà…. Ou alors on peut dire que par paresse totale, j’ai voulu me contenter de lire un résumé exhumé du net. (Si, la paresse est parfois une vertu, et je m’en vais le prouver de ce pas.) Résumé que je n’ai pas trouvé. Et oui, tout n’a pas encore été fait, il reste des territoires littéraires vierges de tout passage, non foulés par des hordes de commentateurs de tout poil. J’ai donc proposé à mes élèves de combler cette lacune insupportable, et ils ont essayé ici.  J’aime bien leurs commentaires, où ils se posent ce genre de question par exemple:

Capture d’écran 2013-02-06 à 19.00.10des invitations à la relecture mutuelle

Capture d’écran 2013-02-06 à 18.58.46des interrogations sur la nature du texte qu’ils traitent

Capture d’écran 2013-02-06 à 19.02.41une belle distinction entre l’interprétation et le résumé, ainsi qu’une préoccupation esthétique légitime

 

Bref. Un outil utile. Mentionnons cependant pour conclure les deux écoles qui s’affrontent quand à l’interface à utiliser. Les réguliers se tournent vers l‘IEtherpad de l’Académie de Versailles, tandis que les francs-tireurs se revendiquent de PiratePad. Etant d’une nature conciliante et peu contrariante, j’ai essayé les deux, et je n’ai pas d’opinion, Voilà… Have fun!

Pecha Kucha et bande annonce

Lors du PNF le 20 novembre 2012, j’ai pu assister à une performance d’écrivains numériques, des écrivains qui tentent de réinventer leur écriture grâce aux potentialités qu’offre le monde numérique aujourd’hui. Emmenés par celui qui refuse d’être considéré comme le chef de file de ce nouveau mouvement mais qui l’est quand même, François Bon, une douzaine d’auteur se sont livrés à l’exercice du Pecha Kucha. Je signale juste que l’on peut trouver le texte de l’intervention de François Bon, Paradoxes de la mutation numérique du livre, sur son site.

Le Pecha Kucha, donc… Un nom à coucher dehors pour un exercice aux contraintes simples et stimulantes : il s’agit de présenter 20 diapositives, pendant une durée de 20 secondes chacune, et de lire son texte pendant que défile le diaporama. La performance fait 6 minutes 40 pile. Le lien du texte avec les images est variable, poétique souvent, parfois surprenant, voire drôle… Jamais purement illustratif cependant.

Juliette Mezenc a proposé sa biographie d’écrivain web, exposant son cheminement d’auteur qui délaisse les circuits éditoriaux traditionnels pour faire entendre sa voix sur le web. Voici son Pecha Kucha :

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Ecrire web : ou comment s’invente la littérature… par juliettemezenc`

Bien sûr, en assistant à ça, la prof que je suis s’est dit qu’il y avait certainement là matière à faire écrire ses élèves d’une nouvelle façon. Je n’ai pas encore proposé l’exercice tel quel à mes élèves, mais l’idée de ce diaporama réflexif sur l’écriture m’a beaucoup plu. J’ai donc proposé à mes élèves quelque chose d’un peu différent : faire la bande-annonce d’un livre, comme au cinéma. En effet, la bande-annonce est une forme qu’ils connaissent bien : donner les éléments principaux de l’intrigue, caractériser rapidement les personnages principaux, créer un rythme efficace, évoquer l’atmosphère de l’oeuvre grâce à un choix d’images et de musique pertinent, donner envie d’en savoir plus… Il n’y a pas eu besoin de beaucoup développer les consignes, ils ont tout de suite compris les attentes ! Le résultat est plutôt chouette…

Quelles conclusions tirer de cette expérience?

  • ça a relancé la lecture. Quand j’ai donné la bibliographie aux élèves et qu’ils ont eu choisi leur livre, la lecture n’a pas vraiment démarré, ou très mollement. Une fois que je leur ai expliqué en quoi consisterait la restitution, ils ont eu à cœur d’éblouir leurs camarades par des productions percutantes, ce qui impliquait bien évidemment une lecture du livre préalable…
  • ça a suscité cohésion et enthousiasme. La séance de projection a été un vrai moment de plaisir partagé. Les récalcitrants se sont sentis tout penauds de n’avoir rien à proposer, et, sans que je le leur demande, ont fait leur bande-annonce pour la séance suivante en demandant à ce qu’elle soit aussi projetée devant leurs camarades.
  • Il n’y a pas eu de note. L’évaluation a été faite par les élèves eux-mêmes, sur la clarté avec laquelle l’intrigue était présentée, la pertinence du choix des images et de la musique, l’efficacité du rythme, la gêne provoquée par une syntaxe ou une orthographe approximatives. Après voir visionné les bandes-annonces les plus réussies, certains élèves ont éprouvé l’envie de refaire la leur pour l’améliorer.
  • Autre bénéfice : la bibliographie était variée. Suite à la présentation, il y a eu des échanges de livres dans la classe, et des élèves se sont mis à lire les titres défendus par leurs camarades.
  • Dernière précision : ils ont utilisé Windows Movie Maker, et ça n’a posé de difficultés à personne. Ceux qui se sentaient le moins à l’aise ont été aidés par leurs camarades et ont fait des bandes-annonces très bien.

Maintenant il faudra que je trouve un moment pour leur proposer de réaliser un véritable Pecha Kucha, libre et créatif. Mais nous autres enseignants avons toujours du mal à lâcher la bride et laisser nos élèves s’exprimer dans des formes non scolaires. Ce qui est un grand tort…

Les fan-fictions au XVI° siècle (ou quoi de neuf les jeunes)

Depuis que j’ai appris que cette bouse-buzz de Fifty Shades était en fait au départ une fan-fiction tirée de Twillight, ça n’a pas changé ma vie.

(Oui, l’info honteuse divulguée comme ça l’air de rien dans la phrase précédente est que dans un moment d’égarement vaguement égrillard, j’ai succombé à la tentation du stupre soft, avec à ma décharge la pauvre excuse de mauvaise foi que ça ferait progresser mon anglais. Je passe sur la consternation exhaustive qui s’ensuivit…)

Bref donc, les fan-fictions. Ces développements inventés par des fans souvent jeunes à partir de livres, séries ou films, voire même jeux vidéos ou mangas, qui évoquent l’avant ou l’après de la trame originale, qui étoffent des personnages secondaires, font partir l’intrigue dans des directions complètement différentes… Elles sont publiées sur des sites qui les regroupent, selon le Fandom duquel elles se réclament (comprenez l’univers, voire le genre, voire un peu des deux). Les auteurs amateurs s’entraident, se relisent, s’initient les uns les autres à l’écriture, et se voient souvent offrir des conseils d’écrivains reconnus (enfin américains quoi…), des outils comme des dictionnaires, conjugueurs etc. La diffusion de ces écrits ne fait pas l’objet d’une quelconque commercialisation, et pose donc la question du copyright; certains auteurs y sont favorables, d’autres opposés.

Un site en anglais: http://www.fanfiction.net/, un autre en français: http://www.fanfic-fr.net/

Mais quoi de neuf, les jeunes, ai-je envie de dire??? Il est de notoriété publique que Cervantès lui-même s’est fait confisquer son Don Quichotte par un fan probablement impatient voir sortir le tome 2… Ce qu’on appelle une suite apocryphe quand on veut faire genre. Le coupable serait un certain Avallaneda, le forfait, commis en 1614. Le fan-fou reprend les personnages d’origine et exploite sans vergogne le programme narratif proposé par Cervantès à l’issue du tome 1, avec quelques libertés, comme par exemple celle-ci:  Don Q. ne serait plus amoureux de Dulcinée… C’est alors que reprise de contrôle de Miguel, tâcle défensif, remise en jeu, et but à domicile. (Oui je m’enflamme…) Cervantès propose un deuxième tome 2, mais l’authentique, le vrai! On y voit même l’hidalgo rencontrer des lecteurs qui se délectent du faux tome 2 dans une taverne. Il leur dit bien clairement que c’est un gros tissu d’inepties, que si si, il aime toujours Dulcinée.

Voilà. Pauvre Cervantès, obligé de pondre un chef d’oeuvre pour défendre son personnage, là où il aurait suffi d’inventer le droit d’auteur avec 200 ans d’avance… Les impertinents suiveurs qui s’emparent des oeuvres qu’ils aiment sont-ils si malfaisants? Ou alors ces fanfics, et autres suites apocryphes ne sont-elles pas au contraire un signe de la formidable vitalité de personnages, d’oeuvres, de la littérature, en définitive? Et y en a encore qui se plaignent que les jeunes ne lisent ni n’écrivent plus…

Dans le prochain billet, je vous expliquerai que Cyrano de Bergerac est la préincarnation de Steve Jobs.