l’école et la discipline, le maître et le fouet

Je suis tombée aujourd’hui sur un article évoquant la dégradation alarmante en France de la discipline en classe parmi les pays de l’OCDE. Cet article m’a mise mal à l’aise, jusqu’à ce que j’identifie que c’était le mot-même de “discipline” qui m’embêtait. Cette notion ne serai-elle pas archaïque?

L’idée de “discipline” me pose problème en effet. Ce que l’on attend des élèves est à renommer de toute urgence car le mot est à bien comprendre. Pour préciser ce qu’il recouvre, je suis allée voir le Larousse en ligne. Voici la définition que j’ai trouvée (je surligne):

  • Branche de la connaissance pouvant donner matière à un enseignement ; matière : Les disciplines littéraires.
  • Ensemble de lois, d’obligations qui régissent une collectivité et destinées à y faire régner l’ordre ; règlement : Se plier à la discipline.
  • Aptitude de quelqu’un à obéir à ces règles : Élèves qui n’ont aucune discipline.
  • Obéissance, soumission aux règles que s’est données le groupe auquel on appartient : Il fait grève par discipline syndicale.
  • Règle de conduite que l’on s’impose, maîtrise de soi, sens du devoir : Il s’astreint à une discipline alimentaire très stricte.
  • Sorte de fouet utilisé pour se flageller dans un but de mortification et de pénitence.
La proximité des notions de “connaissance”, d’ascèse et de “mortification” sont choquantes en apparence, et on doit les mettre en lien avec l’idée de règle monastique d’où vient le mot “discipline”. On sent que cette notion a développé ses diverses orientations sémantiques à partir de ce modèle monastique médiéval. Ce modèle, supposant l’acquisition d’une érudition quantitative, la mortification des corps, l’obéissance à la règle de l’ordre monastique, est-il encore d’actualité? Un bon citoyen doit-il se conformer à cet idéal-là de nos jours?
Je suis donc allé voir, par curiosité et par honnêteté intellectuelle, quels étaient les pays de l’OCDE ayant un fort score en matière de “discipline” d’après l’enquête PISA: on y trouve le Japon et la Corée, les pays asiatiques étant globalement assez bien représentés. Comme je souhaite découvrir quel est le secret de ces pays qui réussissent là où nous flirtons avec la dernière place revenant à la Tunisie, je découvre que le Japon a produit une loi en 2013, visant à clarifier la distinction entre discipline et châtiments corporels. La Corée quant à elle a interdit en 2011 les châtiments corporels sur les élèves, laissant les enseignants “désemparés” apparemment… Évidemment je fais un raccourci entre le fantasme d’une salle de classe où de petits soldats reconnaissants ingurgitent benoîtement le cours magistral de leur enseignant et ces interdictions récentes des châtiments corporels dans des pays où la notion de “discipline” semble encore résister. Néanmoins il est difficile de voir de lien entre ces deux notions.
L’épanouissement individuel, l’exercice de l’esprit critique et l’insertion de l’individu dans le collectif ne sont-ils pas plutôt aujourd’hui des éléments qui construisent le futur citoyen, en lien avec le système démocratique dans lequel nous évoluons, et qui, lui, suppose un exercice régulier de la parole et du débat? Comment favoriser l’apprentissage du débat contradictoire, de l’écoute de l’autre, si le silence reste la référence?

Plutôt que ce fantasme de restauration d’un âge d’or imaginaire où la discipline aurait existé à l’école, comment penser la mise en oeuvre dans l’école d’espaces de mise en débat et d’apprentissage de la démocratie?

N’interdisons pas les bavardages: créons des espaces de débat. Apprenons aux élèves à s’écouter, à s’entraider, à décider entre eux d’un consensus dans l’intérêt général: c’est un modèle qui me plaît davantage pour la société de demain que le silence soumis, la performance individuelle au détriment des autres, la pénitence pour ceux qui ne parviennent pas à conserver une posture parfaitement immobile et silencieuse sur une chaise 8 heures par jour.
 
Mise à jour le 3 avril
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