Gustave

Voici une pièce qui joint l’utile à l’agréable: Gustave, un spectacle d’Arnaud Bedouet au théâtre de l’Atelier.

Jacques Weber y incarne un Flaubert privé, loin de la statue institutionnelle que l’école lui a dressé. Un Flaubert colérique, instinctif, fulgurant, mais surtout solitaire. Car c’est dans la solitude de sa correspondance que l’on rencontre l’homme, l’être humain en proie aux affres de la création, de sa passion compliquée avec Louise Colet, de ses envolées contre la médiocrité bourgeoise de son époque. Et bizarrement l’épistolier de Croisset sonne à nos oreilles comme terriblement contemporain, car quand il nous parle de son exigence intransigeante au travail, c’est en creux tout un monde d’idées reçues qu’il peint.

Nul doute que les réseaux sociaux et leurs bavardages incessants auraient constitué une source d’inspiration intarissable pour Gustave s’il avait vécu aujourd’hui…

Aux futurs Terminales L qui sont en vacances à Paris cet été, allez découvrir le Gustave privé au théâtre de l’Atelier, jusqu’au 15 août 2015!

http://www.theatre-atelier.com/spectacle-gustave-108.htm

 

Rencontre avec Juliette Mézenc

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J’ai eu l’occasion de rencontrer Juiette Mézenc la semaine dernière à la BNF, lors d’une formation académique intitulée “Genèse et devenir du texte à l’heure du numérique” (et je remercie par la même occasion l’Académie de Versailles et la BNF qui aident activement les enseignants à trouver des repères dans ce nouveau monde virtuel); elle a parlé de ce que représente pour elle la littérature numérique, ainsi que sa conception du travail de l’écrivain, les changements et les permanences dans l’acte d’écrire aujourd’hui.

Préambule

Juliette Mézenc a commencé son intervention en affirmant que tous les écrivains sont “numériques” d’une façon ou d’une autre, ne serait-ce que par les recherches qu’ils effectuent nécessairement sur le web. Elle récuse la dénomination “écrivain numérique” au profit d'”écrivain”, tout simplement. Après tout, on ne parle pas d'”écrivain papier”… L’opposition entre la littérature numérique et la littérature papier lui semble relever de fausses polémiques. Une des réticences possible à la lecture numérique serait que l’on travaille essentiellement sur l’ordinateur, quel que soit son métier, et qu’au moment des loisirs, on peut avoir envie d’en sortir, de revenir au papier.

Pour Juliette, il ne faut pas confondre les oeuvres numérisées et la littérature numérique, qui, elle, propose des oeuvres spécifiquement numériques. Celles-ci se situent dans la continuité du papier, mais posent en plus des questions spécifiques, ou nouvelles, sur la notion d’oeuvre, d’auteur.

Parcours personnel

Juliette Mézenc a retracé les étapes qui l’avaient conduite à écrire presque exclusivement en ligne. Après avoir essuyé plusieurs refus auprès d’éditeurs traditionnels qui lui retournaient ses manuscrits, elle a ouvert un blog sur la recommandation d’amis. Peu convaincue au départ, elle s’est rapidement trouvée en contact avec une communauté d’auteurs qui avaient déjà investi le web, parmi lesquels l’incontournable François Bon.

Elle a alors découvert que l’écriture sur blog modifiait beaucoup de choses: en particulier les retours quasi immédiats de lecteurs sur ses écrits, que ce soit sous forme de commentaires ou par le relai des réseaux sociaux. L’écriture diariste qu’implique le blog l’a conduite à privilégier des formes courtes: c’est ainsi qu’elle tient Le Journal du Brise-Lames sur son blog Mots-Maquis, une chroniques de la jetée sétoise, près de laquelle elle vit. Son écriture s’est affirmée sur le blog.

L’écriture en ligne lui semble également favoriser une écriture “entre les genres”, selon son expression. Des formes hybrides émergent, à la limite de la poésie, du roman, de la nouvelle, de l’essai. Ce type d’écrit est peu défendu par les éditeurs traditionnels car une identification générique floue rend la commercialisation en librairie plus compliquée.

Le blog lui permet aussi d’“ouvrir l’atelier” de l’écrivain, de montrer les étapes du texte en devenir. Et cela a l’avantage de désacraliser l’acte d’écrire. Elle met en relation l’écriture numérique avec son activité de conduite d’ateliers d’écriture auprès de non-écrivains, ateliers qu’elle défend par ailleurs par le biais de son association MotsMaquis.

Des projets innovants

Juliette Mézenc a publié plusieurs livres numériques dont un, en particulier, a retenu mon attention: il s’agit de Poreuse, une oeuvre qui utilise vraiment les potentialités du numérique, en déconstruisant le cheminement linéaire traditionnel de la lecture. Le lecteur y est invité à emprunter plusieurs parcours de lecture.

Elle se livre aussi à des performances multimédias, comme cela a été le cas avec Étant Donnée, projet polymorphe, à la fois site, texte et performance, réalisé avec Cécile Portier et Stéphane Gantelet. On en arrive à la conclusion que l’écriture numérique bouscule les genres et les frontières.

Bref

Cette instabilité qui peut paraître inquiétante à l’enseignant en quête de repères à transmettre à ses élèves, semble au contraire formidablement féconde du point de vue créatif.

Alors tant pis, jetons-nous à l’eau, et nous aussi, lisons et écrivons numérique avec nos élèves!

Candide en tablette, de l’or en barre

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Un bain de sang au Mali, un cycliste qui se drogue, la neige qui fait glisser tout le monde…. On se dit qu’on est mieux chez soi, on se dit qu’on va plutôt aller cultiver son jardin…

Ou mieux qui ça! On peut lire la version augmentée de Candide, éditée par la BNF et Orange, sous forme d’application pour IPAD. C’est gratuit, c’est beau, c’est sérieux dans le contenu et fun d’utilisation, interactif et convivial. Bref, on peut vraiment lire avec les doigts…

J’ai eu l’occasion de feuilleter la chose, et c’est vraiment convaincant! La première partie, c’est le texte, sans tout cet appareillage parascolaire pénible qui entrave la lecture tous les deux mots. Le texte, tout pur. A la limite, on peut faire apparaître la version manuscrite, en regard du texte, c’est émouvant comme tout de voir l’écriture de Voltaire… Et si on a envie d’éclairer une allusion obscure, on tapote l’écran, et certains mots apparaissent en surbrillance, révélant des hyperliens qui élucident les difficultés lexicales. Mais c’est au lecteur de faire le geste, d’aller chercher les explications. Il n’est pas parasité apriori.  On peut aussi choisir de se laisser porter par la voix de Denis Podalydès, puisque l’application contient une version audio.

La deuxième partie s’appelle “Le Monde”, montre une carte qui permet de suivre le voyage de Candide et contient des enrichissements documentaires. La troisième partie, “Le Jardin”, est un espace collaboratif, où les lecteurs peuvent créer leur parcours de lecture, insérer leurs annotations, et même pourquoi pas enrichir à leur tour le texte de documents qu’ils adjoignent eux-mêmes. Ces bilans personnels prennent la forme d’arbres de connaissance qui se succèdent dans un jardin.

Enfin, voilà une très bonne raison de m’acheter un IPAD. Ou alors demander qu’on pourvoie ma classe pour qu’on s’amuse un peu avec les élèves…

https://itunes.apple.com/fr/app/candide-ledition-enrichie/id581935562?mt=8

D’autres titres devraient suivre…

La classe inversée

C’est peut-être parce que les suédois ont un des meilleurs systèmes éducatif d’Europe, qu’ils ont omis de nobéliser l’éducation. On va dire ça comme ça… Heureusement, le Qatar est là! Après avoir racheté le PSG, le petit émirat continue son oeuvre de bienfaisance humaniste universelle en organisant un sommet mondial annuel qui récompense les projets éducatifs les plus innovants. Cette année, le sommet a eu lieu mi-novembre, et il s’appelle  WISE, comme World Innovation Summit for Education. C’est malin (ahah, joke inside…)

Un projet a attiré mon attention, c’est celui de la Classe Inversée. C’est tout simple: les élèves suivent le cours à la maison, via un tutoriel, et le temps de la classe est consacré aux exercices. Alors qu’habituellement on fait le contraire. Ça permet de s’adapter au rythme d’apprentissage de l’élève, en individualisant plus les explications que peut alors lui prodiguer le professeur une fois l’aspect théorique assimilé. Les exemples proposés par le reportage ci-dessous concernent essentiellement les maths, mais nul doute que le procédé est transférable/ adaptable/ modulable dans d’autres disciplines.