Les fan-fictions au XVI° siècle (ou quoi de neuf les jeunes)

Depuis que j’ai appris que cette bouse-buzz de Fifty Shades était en fait au départ une fan-fiction tirée de Twillight, ça n’a pas changé ma vie.

(Oui, l’info honteuse divulguée comme ça l’air de rien dans la phrase précédente est que dans un moment d’égarement vaguement égrillard, j’ai succombé à la tentation du stupre soft, avec à ma décharge la pauvre excuse de mauvaise foi que ça ferait progresser mon anglais. Je passe sur la consternation exhaustive qui s’ensuivit…)

Bref donc, les fan-fictions. Ces développements inventés par des fans souvent jeunes à partir de livres, séries ou films, voire même jeux vidéos ou mangas, qui évoquent l’avant ou l’après de la trame originale, qui étoffent des personnages secondaires, font partir l’intrigue dans des directions complètement différentes… Elles sont publiées sur des sites qui les regroupent, selon le Fandom duquel elles se réclament (comprenez l’univers, voire le genre, voire un peu des deux). Les auteurs amateurs s’entraident, se relisent, s’initient les uns les autres à l’écriture, et se voient souvent offrir des conseils d’écrivains reconnus (enfin américains quoi…), des outils comme des dictionnaires, conjugueurs etc. La diffusion de ces écrits ne fait pas l’objet d’une quelconque commercialisation, et pose donc la question du copyright; certains auteurs y sont favorables, d’autres opposés.

Un site en anglais: http://www.fanfiction.net/, un autre en français: http://www.fanfic-fr.net/

Mais quoi de neuf, les jeunes, ai-je envie de dire??? Il est de notoriété publique que Cervantès lui-même s’est fait confisquer son Don Quichotte par un fan probablement impatient voir sortir le tome 2… Ce qu’on appelle une suite apocryphe quand on veut faire genre. Le coupable serait un certain Avallaneda, le forfait, commis en 1614. Le fan-fou reprend les personnages d’origine et exploite sans vergogne le programme narratif proposé par Cervantès à l’issue du tome 1, avec quelques libertés, comme par exemple celle-ci:  Don Q. ne serait plus amoureux de Dulcinée… C’est alors que reprise de contrôle de Miguel, tâcle défensif, remise en jeu, et but à domicile. (Oui je m’enflamme…) Cervantès propose un deuxième tome 2, mais l’authentique, le vrai! On y voit même l’hidalgo rencontrer des lecteurs qui se délectent du faux tome 2 dans une taverne. Il leur dit bien clairement que c’est un gros tissu d’inepties, que si si, il aime toujours Dulcinée.

Voilà. Pauvre Cervantès, obligé de pondre un chef d’oeuvre pour défendre son personnage, là où il aurait suffi d’inventer le droit d’auteur avec 200 ans d’avance… Les impertinents suiveurs qui s’emparent des oeuvres qu’ils aiment sont-ils si malfaisants? Ou alors ces fanfics, et autres suites apocryphes ne sont-elles pas au contraire un signe de la formidable vitalité de personnages, d’oeuvres, de la littérature, en définitive? Et y en a encore qui se plaignent que les jeunes ne lisent ni n’écrivent plus…

Dans le prochain billet, je vous expliquerai que Cyrano de Bergerac est la préincarnation de Steve Jobs.

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