Ctrl C/ Ctrl V par Montaigne

Oui, le plagiat par anticipation, ça existe. C’est pas moi qui le dit, c’est Pierre Bayard. Par exemple, il explique ici comment Maupassant a plagié Proust, c’est dingue. Du coup je me sens autorisée à dire que Montaigne nous parle assez longuement de cette pratique webesque bien naturelle qu’est le copier-coller, dans ses Essais. Bon lui, il fait ça au marteau et au burin, certes. Façon proto-taggeur, ce délinquant. Mais il grave bien des citations aux murs et au plafond, SANS PAYER DE DROIT D’AUTEUR! Ouuuuhhhh….. le vilain!

Et n’est-ce pas ce que font nos élèves quand ils sont désarmés par un sujet de devoir? Ne vont-ils pas tranquillement à cette grande soirée open bar du savoir qu’est le net, où ils se grisent de plus ou moins bons devoirs-déjà-faits, façon je me mets une tête à la vodka-redbull frelatée (alors qu’une coupette de Moët…) Ou bien c’est que les profs ne savent pas discerner chez leurs ouailles zélées cet hommage vibrant à l’humanisme qui consiste à emprunter, citer, louer leurs nobles prédécesseurs. La barre Google a supplanté les poutres de la librairie. Enfin, façon de dire… Parce que c’est de la poutre vermoulue le plus souvent, j’avoue… En effet force est de constater que monsieur Google manque parfois cruellement de discernement, et leur propose plus du dissertationsgratuites.com que du Cicéron ou du Virgile.

Quel prof n’a jamais vu un bon texte surgir tout à coup au beau milieu d’une copie poussive et fort mal engagée? Nous prenez-vous pour des couillons, chers élèves? Croyez-vous que nous consacrions une vie d’ascèse, dans le dépouillement, à philosopher au fond de notre tonneau??? Non. Nous avons l’eau chaude, et aussi internet. Et même qu’on sait s’en servir. Mais Michel a déjà fait cette expérience en 1580:

Il m’advint l’autre jour de tomber sur un passage de cette sorte : j’avais traîné, en languissant, sur un français si exsangue, si décharné, si vide de matière et de sens que ce n’était vraiment que des mots. Au bout d’un long et ennuyeux chemin, je rencontrai un passage fort riche et d’une hauteur s’élevant jusqu’aux nues. Si j’avais trouvé la pente douce et la montée un peu longue, cela aurait pu constituer une explication. Mais j’étais devant un précipice si abrupt et si vertical que dès les six premiers mots, je compris que je m’envolais vers un autre monde ; et de là je découvris la fondrière d’où je venais, si basse et si profonde, que je n’eus plus jamais le cœur d’y redescendre. (De l’Institution des enfants, I,26)

Comme Michel, on a tous eu un jour entre les mains une copie-pillage…

Alors, le recours? Le pilori? Le goudron et les plumes? L’humiliation publique pour l’impétrant en stigmatisant sa pauvre tentative d’escroquerie bien naïve? Que non… Encourageons-le à lire la suite de ce que dit Montaigne..

En ce qui me concerne, agir ainsi est donc la dernière des choses que je voudrais faire, et je ne fais parler les autres que pour mieux m’exprimer moi-même.

Oui,c’est beau.

Cher élève, fais comme Michel, va sur internet, et butine, telle la petite abeille, toutes les fleurs du world wide jardin, qu’elles soient vils pissenlits ou rares roses bien dissimulées… Mais ne reviens pas avant d’avoir fabriqué ton propre miel, car c’est lui que je veux déguster…

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